05 août 2006
Nature morte
(Écrit sur le coin d'une table dans mon local étudiant à l'université, en 1999-2000... Sais pu. Je croyais l'avoir perdu, mais je l'ai retrouvé sur l'ordi de ma mère (anciennement le mien) hier... :o) Il s'intitule Nature morte. Si vous voulez le mettre sur votre site ou n'importe où, s'il vous plait, respectez les droits, bref dites que c'est de moi... Dernière chose : j'ai choisi la photo pas mal vite, j'aurais probablement pu trouver mieux, mais je voulais juste en mettre une pour décorer. Passez par dessus, lol...)

Je suis la nappe.
Nappe de soie.
Je te recouvre, glisse sur toi, froisse entre tes doigts.
Nappe de pétrole.
J'envahis ton océan, noircis ton décor, épaissis, m'impose.
Nappe sur table.
Tu m'étends, manges sur moi, me regardes, te désintéresses.
Je protège. Habille. Habille ton lit. Habille ton monde. Habille ta réalité. T'habille.
Je suis le verre.
Tu bois en moi. Tu vois en moi. Tu vois mon fond. Tu fixes mon fond. Tu noies mon fond.
Tu me remplis puis tu me vides.
Tu me laveras.
Parfois je te saoule. Parfois je te réveille.
Je suis la chaise.
Tu t'assieds sur moi. Tu te reposes sur moi.
Je te soutiens. Je suis sous toi. Je peine sous toi.
Je t'appuie. Reste ferme.
Parfois oscille. Ou te fais tomber.
Enfin, je suis couteau.
Tu me manipules. M'utilises.
Tu me laves mais ne me remplis pas.
Je tranche pour toi. Je coupe.
Je te coupe. Te fais saigner.
Tu me hais. Je suis sadique. Je ne veux pas l'être.
Tu me jettes au loin. Tu me pardonnes.
Tu m'utilises.
Je suis nappe, verre, chaise et couteau.
26 avril 2006
Prose sans titre
(Écrit le 2 juin 2003. Gru, ça fait longtemps et ça me rappelle que ça fait longtemps que j'ai pas écrit de poésie, point...)

Je bois directement au goulot de la vie, je claque des doigts dans un silence de mort, je ris de la tronche de l'autre qui me nargue et je me fous de ses ébats.
Celui qui se tait devant l'adversité me procure un bien plus blanc nuage que celui qui me crache au visage... Le silence, apparent poison, n'est que somnifère. Par l'immobilité, il sauve du gouffre et réchappe du néant.
De sa faux, l'autre ne m'atteindra pas, car je suis celle qui se méfie et se moque de sa verve. Je le tuerai à coups de distance.
Le noir est une couleur qui sauve des prédateurs. Avoir confiance? Je marche dans une obscurité qui me protège. Paradoxe ou ironie? L'ironie est amère, elle assassine tranquillement en disant qu'elle soigne. L'arsenic est son remède et je m'en saoule.
#*#*#
L'arbre devant chez moi m'observe-t-il? À quel point vit-il? Mon intimité ne le regarde pas; est-il voyeur? Il a de la gueule. Il a de la veine, le salaud. Personne ne le soupçonne... sauf moi. J'en sais trop? Faudra me tuer...
Je couds de fil rouge la carapace qui me protège des flèches lancées tout autour. Je les entends tomber telles des gouttes de pluie sur la toile d'une tente.
Je vais me coucher, je suis épuisée. La guerre connaît une trêve. À mort la violence...
07 octobre 2005
Destin de mouche
Farouche petite mouche
Vers la fenêtre s’élance en douce
Bercée par la brise qui la pousse
Et puis, sans bruit, fait splouch
Puis elle glisse sur la vitre
Et un peu de jus suit sa piste
Slalome dans l’air d’hamamélis
De cet été chez Béatrice
Qui justement, s’avance et prend
Cette noire bibitte petite
Et, sans plus d’attendrissement
D’un coup du poignet, l’ingurgite
Béatrice, quatre printemps
Mais la bestiole, jamais autant
Car en ce jour, son fil d’arrivée
Était le fond d’une trachée
Merci.





